Perdre un chien ou un chat peut provoquer une douleur immense. Mais il existe une réaction de deuil dont on parle beaucoup moins : la culpabilité qui apparaît lorsque l’on commence à aller mieux.

Après plusieurs semaines ou plusieurs mois de tristesse, certaines personnes constatent qu’elles pleurent moins. Elles recommencent à sortir, à travailler avec davantage de concentration, à rire devant un film, à passer une bonne journée ou simplement à penser à autre chose pendant quelques heures.
Et parfois, une pensée surgit :
« Comment puis-je être heureux alors que mon animal n’est plus là ? »
Cette question peut être déstabilisante. Elle peut même donner l’impression de trahir celui ou celle que l’on aimait.
Pourtant, retrouver progressivement le goût de vivre ne signifie pas aimer moins son animal, l’oublier ou tourner définitivement la page. Le deuil n’est pas une épreuve que l’on mesure à la quantité de larmes versées chaque jour.
À retenir
- Aller mieux après la mort d’un animal ne signifie pas que l’on oublie son compagnon.
- La tristesse n’a pas vocation à rester aussi intense pendant toute la vie.
- Il est possible de ressentir de la joie tout en continuant à éprouver du manque.
- La culpabilité peut apparaître lorsque l’on confond souffrance et fidélité au lien.
- Le deuil évolue généralement avec le temps et ne suit pas une trajectoire parfaitement linéaire.
- Se souvenir de son chien ou de son chat peut prendre une forme différente lorsque la douleur s’apaise.
- Un accompagnement peut être utile lorsque la culpabilité devient persistante ou empêche de reprendre une vie quotidienne normale.
POURQUOI PEUT ON SE SENTIR COUPABLE DE COMMENCE A ALLER MIEUX ?
Le paradoxe peut sembler difficile à comprendre.
Au début du deuil, la souffrance est parfois tellement présente qu’elle devient presque une partie du quotidien. On pense constamment à son animal. Son absence est perceptible partout : dans la maison, dans les habitudes, dans les horaires, dans les petits gestes accomplis machinalement.
Puis quelque chose change.

Un matin, on se rend compte que l’on a dormi correctement.
Un autre jour, on passe plusieurs heures sans pleurer.
On recommence à apprécier un repas, une promenade ou une conversation.
On rit même parfois.
Et cette amélioration peut provoquer une nouvelle émotion : la culpabilité.
Certaines personnes pensent alors :
« Je ne souffre plus comme avant. Est-ce que cela signifie que je l’aimais moins que je ne le pensais ? »
La réponse est non.
La diminution de la souffrance ne constitue pas une mesure de l’amour porté à un animal.
La University of Florida explique d’ailleurs que certaines personnes ressentent de la culpabilité lorsqu’elles constatent qu’elles pleurent moins, recommencent à rire ou retrouvent de l’énergie pour d’autres activités. Cette évolution peut au contraire correspondre à une progression dans le processus d’adaptation à la perte.

La difficulté vient souvent de la signification que l’on attribue à ce changement.
On ne constate pas seulement :
« Je vais mieux. »
On peut intérieurement le traduire par :
« Je suis en train de l’oublier. »
C’est cette seconde interprétation qui peut faire naître la culpabilité.
POURQUOI LA DIMINUTION DE LA TRISTESSE PEUT ELLE ETRE VECUE COMME UNE TRAHISON ?
Lorsqu’un animal a occupé une place centrale dans une vie, sa disparition crée un vide qui dépasse largement la simple absence physique.
Il y avait les promenades.
Les repas.
Les réveils.
Les retours à la maison.
Les habitudes du soir.
Les regards échangés.
Les moments de calme.
Les gestes de soin.
Et surtout, il y avait une relation.
Lorsque cette relation disparaît brutalement, la tristesse devient parfois une manière de continuer à ressentir le lien.

C’est pourquoi certaines personnes peuvent inconsciemment associer deux idées :
souffrir = aimer
et donc :
moins souffrir = moins aimer.
Mais ces deux équations sont trompeuses.
L’amour n’a pas besoin de rester douloureux pour rester réel.
Une relation peut continuer d’avoir une importance immense alors même que les émotions qui l’accompagnent deviennent progressivement plus douces.
La RSPCA rappelle ainsi que le retour progressif à des moments de plaisir sans culpabilité peut faire partie d’une adaptation saine au deuil.
« Avec le temps, la douleur peut s’apaiser et vous pouvez retrouver le plaisir sans culpabilité. »
Cette évolution ne retire rien à ce qui a été vécu auparavant.
« Si je pense moins à lui, est-ce que je l’aime toujours ? »
Cette question est particulièrement fréquente.

Dans les premières semaines, le chien ou le chat disparu peut occuper presque constamment les pensées.
On se rappelle :
- son regard ;
- sa voix ou ses miaulements ;
- sa façon de dormir ;
- ses habitudes ;
- ses petites manies ;
- les derniers jours ;
- les moments heureux ;
- parfois aussi les circonstances de sa mort.
Puis les pensées deviennent moins constantes.
Ce changement peut faire peur.
On peut avoir l’impression que la mémoire s’efface.
Mais il faut distinguer la fréquence d’une pensée et l’importance d’un souvenir.
Penser moins souvent à son animal ne signifie pas que son histoire a moins de valeur.
C’est aussi ce qui permet progressivement de retrouver une place pour les souvenirs heureux, sans que chaque souvenir provoque systématiquement une douleur aiguë.
« Si je ris à nouveau, est-ce que je suis déjà passé à autre chose ? »
Rire après un décès peut provoquer un sentiment de culpabilité très particulier.
On peut avoir l’impression que son comportement est déplacé.

Comme si l’on devait rester triste pour prouver que la perte compte.
Pourtant, les émotions humaines ne fonctionnent pas comme un interrupteur.
On peut pleurer le matin et rire quelques heures plus tard.
On peut avoir une journée difficile puis connaître un moment agréable.
On peut ressentir un manque immense et être capable, simultanément, d’apprécier quelque chose.
Ces émotions ne s’annulent pas.
Elles peuvent coexister.
C’est l’une des raisons pour lesquelles les modèles contemporains du deuil se sont éloignés d’une vision trop linéaire du processus.
Aller mieux ne signifie pas oublier son chien ou son chat
L’une des idées les plus importantes à comprendre est probablement celle-ci :
le deuil n’a pas nécessairement pour objectif d’effacer le lien.
La psychologie du deuil s’intéresse notamment au concept de continuing bond, ou « lien continu ».
L’American Psychological Association décrit ce concept comme le maintien d’un attachement émotionnel avec la personne disparue et la possibilité de reconstruire ce lien sous une autre forme dans sa propre vie.
Cette idée est particulièrement intéressante dans le deuil animalier.
Après la mort d’un chien ou d’un chat, le lien physique disparaît.
Il n’y a plus de promenade.
Plus de gamelle.
Plus de caresse.
Plus de présence dans la pièce.
Mais le lien affectif peut continuer autrement.
Il peut prendre la forme :
- de souvenirs ;
- de photographies ;
- d’histoires racontées à ses proches ;
- d’objets conservés ;
- d’habitudes symboliques ;
- d’un hommage ;
- d’une pensée lors d’une date particulière ;
- d’un rituel personnel.
Le lien change de forme.
Il ne disparaît pas nécessairement.
LE DEUIL N’EST PAS UNE SOUFFRANCE CONTINUE : CE QUE MONTRE LA PSYCHOLOGIE
Une autre raison explique pourquoi il est possible d’aller mieux tout en étant toujours en deuil.
Les chercheurs Margaret Stroebe et Henk Schut ont développé le Dual Process Model of Coping with Bereavement, ou modèle du double processus du deuil.

Ce modèle décrit notamment une alternance entre deux orientations.
La première est centrée sur la perte :
- penser à l’animal ;
- ressentir le manque ;
- pleurer ;
- regarder des photos ;
- repenser aux derniers moments ;
- ressentir la tristesse.
La seconde est davantage tournée vers la restauration et l’adaptation :
- reprendre son travail ;
- gérer les tâches quotidiennes ;
- voir des proches ;
- retrouver certaines habitudes ;
- faire des projets ;
- réinvestir progressivement la vie.
Ces deux mouvements ne sont pas nécessairement opposés.
Ils peuvent alterner.
Une personne peut donc passer une heure à pleurer son chien disparu puis préparer son repas, répondre à ses messages et rire avec quelqu’un quelques heures plus tard.
Ce n’est pas incohérent.
C’est précisément cette capacité à osciller entre la confrontation à la perte et l’adaptation à la nouvelle réalité qui fait partie du modèle décrit par Stroebe et Schut.
POURQUOI NOTRE CERVEAU PEUT-IL ASSOCIER SOUFFRANCE ET AMOUR ?
La culpabilité ne vient pas toujours de la réalité de ce que l’on fait.
Elle peut venir de l’histoire que l’on raconte intérieurement à propos de ce que l’on fait.
Prenons une situation simple.
Une personne perd son chat après quinze années de vie commune.
Pendant plusieurs semaines, elle pleure chaque jour.
Puis elle passe une journée entière sans pleurer.
Son cerveau peut produire deux interprétations très différentes.
Première interprétation
« Je commence à retrouver un équilibre. »
Deuxième interprétation
« Je pense moins à lui. Je suis donc en train de l’oublier. »
La première interprétation accompagne l’adaptation.
La seconde peut déclencher de la culpabilité.
Le problème n’est donc pas nécessairement l’amélioration elle-même.
C’est parfois la signification qu’on lui attribue.
POURQUOI CERTAINES PERSONNES CULPABILISENT ELLES LORSQU’ELLES REPRENNENT UNE VIE NORMALE ?
La reprise du quotidien peut prendre de nombreuses formes.
Reprendre le travail
Au début, travailler peut sembler presque impossible.
Puis la concentration revient.

Certaines personnes peuvent alors se sentir coupables d’être capables de travailler alors que leur animal est mort.
Sortir avec des proches
Une soirée peut apporter quelques heures de légèreté.
Mais une pensée peut surgir :
« Je suis en train de m’amuser alors qu’il n’est plus là. »
Voyager
Un déplacement peut également réveiller une culpabilité particulière.
On profite d’un paysage, d’un restaurant ou d’un moment agréable, puis l’absence revient brutalement.
Faire des projets
Prévoir des vacances, déménager, changer de travail ou simplement organiser les mois à venir peut donner l’impression d’avancer trop vite.
Rire
Le rire est parfois vécu comme une preuve particulièrement troublante que la douleur diminue.
Pourtant, aucun de ces comportements ne signifie que l’animal a cessé d’être important.
LE PARADOXE DU SOULAGEMENT APRES LA MORT D’UN ANIMAL
La culpabilité peut également apparaître sous une autre forme : le soulagement.
Cette situation est particulièrement fréquente lorsque le chien ou le chat souffrait depuis longtemps.
Avant sa mort, la famille peut vivre :
- des nuits difficiles ;
- des soins répétés ;
- des visites vétérinaires ;
- de l’inquiétude ;
- une surveillance permanente ;
- une anticipation de la fin ;
- une fatigue physique et émotionnelle.
Lorsque l’animal meurt enfin, deux émotions peuvent alors apparaître simultanément :
la douleur de sa disparition
et
le soulagement de savoir qu’il ne souffre plus.
Ces émotions peuvent sembler incompatibles.
Elles ne le sont pas nécessairement.
Ressentir du soulagement ne signifie pas souhaiter la mort de son animal.
Cela peut simplement signifier que la période de souffrance et d’inquiétude permanente est terminée.
La présence simultanée d’émotions différentes est une caractéristique importante du deuil.
POURQUOI LES SOUVENIRS DEVIENNENT ILS PARFOIS PLUS DOUX AVEC LE TEMPS ?
Au début, certains souvenirs sont douloureux parce qu’ils sont directement associés à l’absence.
Une photographie peut déclencher les larmes.
Une vidéo peut être impossible à regarder.
Une pièce de la maison peut devenir difficile à traverser.
Puis, progressivement, certaines images changent de tonalité émotionnelle.
On peut regarder une vidéo sans s’effondrer.
On peut raconter une anecdote en souriant.
On peut entendre le nom de son animal sans avoir immédiatement besoin de quitter la pièce.
Cela ne signifie pas que le souvenir a perdu son importance.
Cela signifie que le souvenir peut progressivement coexister avec l’absence.
La douleur peut laisser davantage de place à la tendresse.
C’est une transformation importante du deuil.
LE LIEN AVEC SON ANIMAL DISPARAIT IL QUAND LA DOULEUR DIMINUE ?
Non.
Il est même possible que le lien devienne plus intérieur.
Au début, la relation est essentiellement vécue dans le quotidien :
- toucher son animal ;
- le nourrir ;
- l’appeler ;
- le promener ;
- dormir à proximité ;
- prendre soin de lui.
Après sa mort, ces expériences physiques disparaissent.
Le lien peut alors se transformer en mémoire.
On se souvient de sa personnalité.
De ses habitudes.
De ce qu’il nous a appris.
Des moments vécus ensemble.
Des changements qu’il a apportés dans notre vie.
C’est aussi pour cette raison que certaines personnes ressentent le besoin de conserver un objet, une photographie ou de créer un hommage.
Le but n’est pas forcément de maintenir la souffrance.
Il peut être simplement de donner une forme au souvenir.
POURQUOI CERTAINES PERSONNES ONT ELLES BESOIN DE CONSERVER UNE TRACE DE LEUR ANIMAL ?
Il existe autant de manières de garder une mémoire que de relations entre humains et animaux.
Certains conservent le collier.
D’autres gardent une photographie près d’eux.
D’autres encore créent un album, écrivent une lettre ou organisent un petit rituel.
Ces gestes ne doivent pas être considérés comme obligatoires.
Le deuil n’a pas de protocole universel.
Mais pour certaines personnes, matérialiser le souvenir aide à donner une nouvelle place au lien.
C’est également pourquoi il peut être utile de prendre le temps de comprendre les différentes réactions émotionnelles qui suivent la perte d’un compagnon. Pour approfondir ce sujet, il est possible de consulter ce que l’on peut ressentir dans les premières heures après la mort d’un animal, notamment lorsque le choc, la sidération ou les premières pensées de culpabilité sont encore très présents.
QUE FAIRE LORSQUE LA CULPABILITE REVIENT APRES UNE PERIODE D’AMELIORATION ?
Le retour de la culpabilité ne signifie pas forcément que le deuil recommence depuis le début.
Une date anniversaire, une photographie, une odeur, un lieu ou une situation particulière peut réveiller temporairement la tristesse.
Il peut alors être utile de se poser quelques questions simples :
- Qu’est-ce qui vient de réveiller cette émotion ?
- Est-ce que je culpabilise de quelque chose de précis ?
- Est-ce un regret concernant le passé ?
- Ou est-ce simplement la peur d’oublier ?
- Est-ce que je considère ma souffrance comme une preuve d’amour ?
- Que dirais-je à un proche qui ressent exactement la même chose ?
Cette dernière question est particulièrement intéressante.
Nous sommes souvent beaucoup plus indulgents envers les autres qu’envers nous-mêmes.
On ne reprocherait probablement pas à un ami endeuillé de rire à nouveau.
On ne lui dirait pas qu’il aime moins son animal parce qu’il passe une bonne journée.
Il peut donc être utile d’appliquer à soi-même la même bienveillance.
COMMENT DISTINGUER CULPABILITE, REGRET ET TRISTESSE ?
Ces trois émotions peuvent se mélanger.
La tristesse
Elle exprime principalement le manque et la douleur liés à l’absence.
Le regret
Il concerne ce que l’on aurait aimé différent.
« J’aurais aimé avoir plus de temps. »
La culpabilité
Elle implique davantage l’idée :
« J’ai fait quelque chose de mal. »
Cette distinction peut être importante.
Parce que le regret ne signifie pas nécessairement qu’une faute a été commise.
Et le fait de regretter certains événements ne signifie pas que l’on porte une responsabilité réelle dans tout ce qui s’est produit.
QUAND DEMANDER UNE AIDE PSYCHOLOGIQUE APRES LA MORT DE SON ANIMAL ?
La plupart des personnes traversent leur deuil avec des périodes d’intense tristesse et d’autres moments plus calmes.
Mais il peut être pertinent de rechercher un soutien lorsque la souffrance devient durablement envahissante.
Par exemple si :
- la culpabilité empêche constamment de vivre ;
- les pensées tournent sans cesse autour de la mort ;
- le sommeil reste fortement perturbé ;
- le quotidien devient très difficile à assurer ;
- la personne s’isole durablement ;
- elle n’arrive plus à retrouver aucune activité agréable ;
- les émotions deviennent trop difficiles à supporter seule.
Demander de l’aide ne signifie pas que l’on “fait mal” son deuil.
Cela peut simplement signifier que l’on a besoin d’un espace pour mettre des mots sur une expérience particulièrement difficile.
Certaines personnes souhaitent être accompagnées dans un cadre psychologique lorsqu’elles traversent une perte et ont besoin d’une écoute spécifique. Le recours à un soutien psychologique adapté au deuil peut alors constituer une piste parmi d’autres, selon la situation personnelle de chacun.
POURQUOI PARLER DE SON DEUIL PEUT IL AIDER ?
Le deuil animalier reste parfois difficile à expliquer à l’entourage.
Certaines personnes ne comprennent pas pourquoi la disparition d’un chien ou d’un chat peut provoquer une souffrance aussi importante.
D’autres pensent que le temps devrait rapidement “faire son travail”.
Cette incompréhension peut rendre encore plus difficile le fait de parler de la culpabilité.
Pourtant, mettre des mots sur une émotion peut permettre de mieux comprendre ce qui se passe.
Dire :
« Je me sens coupable parce que je commence à aller mieux »
est très différent de rester seul avec l’idée :
« Quelque chose ne va pas chez moi. »
Lorsque la souffrance devient difficile à porter, un accompagnement spécialisé peut offrir un espace où les différentes émotions peuvent être exprimées sans devoir les minimiser. Sophie Millard indique notamment proposer un accompagnement du deuil animal et accompagner les adultes et adolescents confrontés à cette forme de perte.
PEUT ON ETRE HEUREUX A NOUVEAU SANS ABANDONNER SON ANIMAL ?
Oui.
Et c’est probablement l’une des idées les plus importantes à retenir.
Vous pouvez rire.
Vous pouvez voyager.
Vous pouvez faire des projets.
Vous pouvez tomber amoureux.
Vous pouvez retrouver de l’énergie.
Vous pouvez même connaître une journée pendant laquelle votre animal ne traverse presque pas votre esprit.
Aucune de ces choses n’efface les années vécues ensemble.

La guérison ne consiste pas nécessairement à faire disparaître le souvenir.
Elle consiste plutôt à permettre à ce souvenir de trouver une place qui ne soit plus uniquement associée à une douleur insupportable.
La RSPCA résume cette idée à travers une formule souvent reprise par son spécialiste du deuil animalier Andy Hawkins : le but n’est pas simplement de “se remettre” de la perte, mais d’apprendre à vivre autour d’elle.
COMMENT RENDRE HOMMAGE A SON ANIMAL SANS RESTER ENFERME DANS LE CHAGRIN ?
Un hommage peut avoir plusieurs fonctions.
Il peut permettre de dire merci.
De raconter une histoire.
De conserver une trace.
De transmettre un souvenir.
Ou simplement de reconnaître l’importance d’une relation.
Pour certaines personnes, parler de leur animal, conserver ses affaires ou créer un objet symbolique suffit.
Pour d’autres, un rituel plus élaboré peut être important.
L’essentiel est que l’hommage corresponde à la relation vécue.
Il ne s’agit pas de prolonger artificiellement la douleur.
Il peut au contraire permettre de donner une nouvelle forme au lien.
Des ressources consacrées au deuil animalier et à la mémoire des compagnons disparus peuvent également aider à réfléchir aux différentes manières de conserver ce lien.
ET SI L’ON ENVISAGEAIT UN JOUR D’ADOPTER UN AUTRE ANIMAL ?
Cette question peut provoquer une nouvelle forme de culpabilité.
Certaines personnes se demandent :
« Si j’accueille un autre chien, est-ce que cela signifie que je remplace celui que j’ai perdu ? »
Là encore, deux réalités peuvent coexister.
On peut aimer profondément un animal disparu et être capable, plus tard, de créer une nouvelle relation avec un autre.
Un nouvel animal n’efface pas celui qui l’a précédé.
Chaque relation possède son histoire, ses habitudes, ses souvenirs et sa personnalité.
Il n’existe pas non plus de délai universel imposant d’attendre un certain nombre de mois ou d’années.
Certaines personnes ont besoin de beaucoup de temps.
D’autres ressentent rapidement l’envie de partager leur quotidien avec un autre compagnon.
L’important est de comprendre la motivation qui se trouve derrière cette décision.
Accueillir un nouvel animal parce que l’on est prêt à construire une nouvelle relation n’est pas la même chose que chercher à effacer immédiatement une douleur insupportable.
COMMENT SAVOIR SI L’ON EST REELLEMENT EN TRAIN D’ALLER MIEUX ?
Aller mieux ne signifie pas nécessairement :
« Je ne suis plus triste. »
Cela peut plutôt ressembler à :
- penser à son animal sans pleurer systématiquement ;
- pouvoir regarder une photographie avec tendresse ;
- retrouver certaines habitudes ;
- recommencer à faire des projets ;
- rire sans se sentir immédiatement coupable ;
- accepter progressivement l’absence ;
- parler de son animal sans que chaque conversation devienne insupportable ;
- retrouver des moments de plaisir ;
- continuer à ressentir de l’amour tout en ressentant moins de douleur.
Il peut également y avoir des retours en arrière.
Une chanson, une odeur, une promenade ou une date particulière peut faire revenir le chagrin.
Ce n’est pas nécessairement un échec.
Le deuil peut évoluer par vagues.
UN GUIDE POUR MIEUX COMPRENDRE L’ENSEMBLE DU DEUIL ANIMALIER
La culpabilité d’aller mieux n’est qu’une des nombreuses réactions possibles après la mort d’un compagnon.
Comprendre les différentes étapes émotionnelles, les réactions du quotidien, le sentiment de vide, les souvenirs, les rituels et les différentes façons de préserver le lien peut aider à mettre des mots sur ce que l’on ressent.
Pour approfondir l’ensemble de ces dimensions, vous pouvez consulter le guide complet du deuil animalier, consacré aux différentes étapes et manifestations de cette expérience.
L’objectif n’est pas de fournir une méthode unique pour faire son deuil.
Il s’agit plutôt de comprendre que les réactions peuvent être nombreuses, variables et parfois contradictoires.
FAQ : culpabilité et mieux-être après la mort d’un animal
Oui. Certaines personnes ressentent de la culpabilité lorsqu’elles recommencent progressivement à profiter de la vie. Cette réaction peut venir de l’impression que retrouver du plaisir signifie oublier son animal. Pourtant, la diminution de la douleur n’est pas une preuve de diminution de l’amour.
Le cerveau et les émotions ne fonctionnent pas de manière parfaitement linéaire. Il est possible de ressentir du chagrin et de connaître simultanément des moments de joie. Retrouver certaines émotions positives peut faire partie de l’adaptation au deuil.
Non. Le rire n’efface pas le souvenir. Vous pouvez retrouver des moments heureux tout en continuant à penser à votre chat, à ressentir son absence et à conserver un lien affectif avec lui.
Il n’existe pas de durée universelle. Le deuil dépend de la relation, des circonstances de la mort, de l’histoire de l’animal et de la personne endeuillée. La culpabilité peut diminuer progressivement, parfois avec des périodes où elle revient.
Cela peut simplement signifier que votre cerveau s’adapte progressivement à l’absence. Penser moins souvent à son animal ne signifie pas que son importance diminue.
Oui. Lorsque l’animal était malade ou souffrait, il est possible de ressentir du soulagement parce que sa souffrance est terminée. Cette émotion peut parfaitement coexister avec une profonde tristesse.
On peut notamment observer :
une diminution progressive de la souffrance ;
le retour de certaines activités ;
une capacité à ressentir du plaisir ;
la possibilité de parler de l’animal avec davantage de sérénité ;
des souvenirs qui deviennent progressivement moins douloureux ;
la reprise de projets personnels.
Ces signes ne signifient pas que le deuil est “terminé”. Ils peuvent simplement indiquer que la relation à la perte évolue.
Oui. Une amélioration n’empêche pas certaines émotions de revenir. Une date anniversaire, une photographie, une odeur ou un lieu peuvent raviver momentanément le chagrin.
Pas systématiquement. Mais un accompagnement peut être pertinent lorsque la souffrance devient très difficile à gérer, que la culpabilité reste envahissante, que le quotidien est fortement perturbé ou que la personne se sent incapable d’avancer seule.
Oui. Accueillir un nouvel animal ne signifie pas remplacer celui qui est disparu. Une nouvelle relation peut se construire tout en conservant la mémoire de l’ancien compagnon.
Il est possible de conserver des photographies, raconter son histoire, garder un objet important, écrire une lettre, créer un rituel ou choisir une autre forme d’hommage symbolique. L’objectif peut être de préserver le souvenir tout en laissant progressivement une place aux autres dimensions de la vie.
Aller mieux n’est pas une trahison
La culpabilité ressentie lorsque la douleur commence à diminuer vient souvent d’une confusion très humaine :
nous croyons parfois que souffrir est une manière de prouver que nous aimons encore.
Mais l’amour n’a pas besoin de rester douloureux pour rester réel.
Votre chien ou votre chat a peut-être partagé avec vous plusieurs années de vie quotidienne. Il a laissé des habitudes, des souvenirs, des gestes, des histoires et une empreinte affective.
Cette histoire ne disparaît pas parce qu’un jour vous riez à nouveau.
Elle ne disparaît pas parce que vous passez une journée sans pleurer.
Elle ne disparaît pas parce que vous faites des projets.
Elle ne disparaît pas parce que vous retrouvez progressivement une vie normale.
Aller mieux ne signifie pas abandonner son animal.
Cela peut simplement signifier que la relation à son souvenir est en train de changer.
La douleur peut devenir plus douce.
Le manque peut devenir moins constant.
Les souvenirs peuvent reprendre une place différente.
Et l’amour peut rester.
Parfois même, lorsque la souffrance aiguë s’estompe, il devient enfin possible de se souvenir de son compagnon non seulement avec les larmes de la perte, mais aussi avec toute la tendresse de ce qui a été vécu ensemble.
